Menu

La dynamique des nouveaux exportateurs

VINCENT VICARD : Les primo-exportateurs ne représentent que 2% des exportations en 2003. En 2011, ces exportateurs représentent 21% de la valeur des exportations.

Interview  |  Publié le 10 novembre 2017

 

Quel est le vrai poids des primo-exportateurs dans la croissance des exportations françaises ?

 Entretien avec Vincent Vicard, économiste au CEPII, responsable du programme scientifique Analyse du commerce international.

Que représentent les entreprises qui exportent pour la première fois – les « primo-exportateurs » – dans l’ensemble des exportations françaises ?

L’exportation française est une activité très concentrée puisque, sur une année donnée , 1% des entreprises représentent 70% des exportations. Et on constate également, sur une année donnée (par exemple en 2003), que les primo-exportateurs ne représentent que 2 % des exportations de l’année.

Mais quand on regarde à plus long terme, on s’aperçoit que les primo-exportateurs de l’année 2003, c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas encore présents à l’exportation en 2002 mais qui ont commencé à exporter en 2003, représentent, en 2011, 21 % de la valeur des exportations ; ce qui est considérable. Ainsi même si sur l’année 1 les primo-exportateurs représentent quelque chose de très faible en valeur, sur une perspective de long terme, ils vont représenter une contribution très significative aux exportations françaises. Leur développement dans le temps est donc très important.

On voit également que 29 % des exportations de 2011 correspondent à de nouveaux marchés explorés dix ans plus tôt par des exportateurs déjà présents sur d’autres marchés. L’activité de prospection de nouveaux marchés est elle aussi déterminante dans la structure des exportations françaises.

Ainsi sur une période de dix ans c’est la moitié du commerce extérieur français qui est renouvelé : soit grâce aux exportations des nouveaux exportateurs (21%), soit grâce aux prospections de nouveaux marchés par des entreprises qui étaient déjà exportatrices (29%). C’est un élément clé à prendre en compte, et qui vient en contradiction avec l’idée reçue selon laquelle les exportations françaises auraient une structure très récurrente, très stable dans le temps.

 

Quelles sont les caractéristiques de ces nouveaux exportateurs ? Comment se développent-ils ?

Quand elles commencent à exporter sur un marché donné, ces entreprises exportent des valeurs plus faibles que la moyenne des entreprises déjà présentes sur ce marché.

Celles qui restent exportatrices mettront en moyenne trois à quatre ans pour atteindre la taille moyenne sur ce marché. On sait que les nouveaux exportateurs ont de fortes probabilités de sortir du marché dès la première année, mais ceux qui restent connaissent une croissance très importante et vont représenter à terme une contribution significative à la valeur globale des exportations. De plus, on constate que ces nouveaux exportateurs vont progressivement se diversifier, en augmentant leur nombre de produits et de marchés à l’exportation, selon des stratégies séquentielles.

 

Quelles conséquences peut-on en tirer en termes de politique économique ?

D’une façon générale on a tendance à négliger les primo-exportateurs, car ils représentent des chiffres faibles la première année ; mais les nouveaux exportateurs sont des acteurs primordiaux à long terme de la performance française à l’exportation. Certes leur réussite à l’exportation prendra du temps, et ces entreprises doivent rester présentes sur le marché pour augmenter leurs ventes au cours du temps. Mais elles sont clé pour le renouvellement et la croissance de nos exportations.

Cela pose aussi la question du suivi dans le temps de ces primo-exportateurs et des processus de soutien à l’exportation : au-delà des dispositifs d’aide pour l’accès initial au marché, comment accompagner ces exportateurs dans la durée pour leur permettre de continuer à exporter, d’ancrer leurs ventes et leur présence ?

Il existe aussi une problématique d’adaptation à la demande du marché local, dans laquelle la maitrise des informations de marché est primordiale, en termes de connaissance du marché, de soutien à la prospection, de mise en relation…

Il faut également tenir compte de l’existence d’un effet « spillover » entre marchés : le fait d’exporter vers un marché va en effet permettre d’exporter sur d’autres marchés. Accompagner des exportateurs dans des destinations proches permet donc aussi de les accompagner progressivement vers des destinations plus lointaines. Enfin, l’intégration des problématiques spécifiques aux PME dans les accords commerciaux est également une question très importante et de plus en plus prise en compte.