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7 leçons à retenir de l’internationalisation des entreprises chinoises

Recommandations pratiques  |  Publié le 11 septembre 2019

Que peuvent apprendre les entreprises occidentales des entreprises chinoises en matière d’internationalisation ? Voici sept enseignements inspirés des travaux de Christiane Prange, professeur à l’Université de Tongji (Shanghai).

 

La plupart des entreprises chinoises souffrent de handicaps pour s’internationaliser : elles arrivent tardivement sur les marchés étrangers, souffrent d’un déficit d’image et de qualité, et manquent de compétences en management international. Mais certaines ont néanmoins démontré leurs capacités à réussir dans ce domaine, utilisant souvent des stratégies spécifiques qui peuvent inspirer les entreprises occidentales. Tour d’horizon.

 

1. Augmenter son agilité sur les marchés émergents

Selon les marchés, l’environnement des entreprises présente différents niveaux de complexité. En Europe, par exemple, l’environnement est relativement simple et le futur prévisible ; le changement peut donc s’inscrire dans des stratégies linéaires. Mais dans les pays émergents, où l’environnement est plus complexe et plus incertain, les entreprises doivent se transformer en permanence, être capables d’évoluer rapidement et d’expérimenter. En Chine, les entreprises sont prêtes à saisir des opportunités et si l’une de ces pistes ne donne pas de résultats, elles en essayent d’autres. De leur côté, les entreprises occidentales doivent progresser en matière d’agilité, de flexibilité et de rapidité dans les environnements instables et imprévisibles.

2. Développer des stratégies ambidextres

Les entreprises chinoises développent des stratégies d’internationalisation ambidextres, par exemple orientées à la fois vers les marchés émergents et vers ceux des pays développés. En vendant dans les premiers des produits conçus pour le marché chinois, elles s’assurent des profits sur de grands marchés émergents comme l’Inde… Et en se confrontant aux marchés des pays développés, elles peuvent améliorer leurs connaissances, leurs compétences et la qualité de leurs produits. Il est intéressant d’utiliser des stratégies ambidextres en conciliant les produits hauts de gamme et bas de gamme, en adoptant une prise de décision à la fois rapide et lente selon les enjeux et les sujets, en faisant coexister flexibilité et résilience, en étant à la fois global et local.

3. S’associer avec des opérateurs locaux

Dans leur internationalisation, les entreprises chinoises recherchent systématiquement le soutien politique local, par exemple en Afrique, et s’associent avec des opérateurs locaux. Elles vont à l’étranger avant tout pour apprendre puis ramener en Chine les connaissances ainsi acquises. Pour cette même raison, les fusions-acquisitions opérées par des groupes chinois sont des fusions « light touch », avec une prise de contrôle de l’entreprise mais pas d’interférence dans le management. Elles laissent le business à l’organisation locale.

 

4. Adapter son identité et sa marque

Sur leur marché domestique, les entreprises chinoises changent très souvent de marque, d’identité graphique, de slogan… Un manque de constance et de cohérence qui représente d’ailleurs un handicap pour la reconnaissance des marques chinoises à l’international. Mais cette stratégie d’adaptation permanente doit inspirer les entreprises occidentales qui veulent réussir en Chine ou sur d’autres marchés comparables. Elles ne devront pas hésiter à adapter leur identité et leur marque pour être en phase avec le contexte et les clients chinois.

 

5. Décentraliser la prise de décision

Dans les organisations chinoises traditionnelles, la hiérarchie est plus prédominante et respectée qu’en Occident, ce qui peut constituer un frein pour la rapidité de prise de décision et l’innovation face à la volatilité des marchés. Certaines entreprises chinoises ont ainsi adopté une organisation plus flexible, avec des équipes de travail indépendantes et auto-organisées. Ces entreprises favorisent l’holacratie, un système de gouvernance qui mise sur l’intelligence collective et dissémine dans l’entreprise les mécanismes de prise de décision, au contraire des modèles pyramidaux de type top-down.

 

6. Créer des écosystèmes de connaissances

L’évolution rapide des marchés et de la concurrence exigent un apport de connaissances de niveau mondial. La construction d’écosystèmes mondiaux de connaissances constitue un élément très important pour certaines industries clés comme l’intelligence artificielle (IA). Les Chinois font venir dans leur pays des spécialistes internationaux pour créer de l’excellence à l’intérieur du pays, afin d’atteindre leur objectif d’être le leader mondial de l’IA en 2030. Un développement à la fois rapide et long terme.

7. Inscrire l’internationalisation dans une vision

L’internationalisation des entreprises chinoises s’inscrit dans l’histoire et dans la stratégie géopolitique et économique de la Chine. Le « grand rêve chinois » de « rendre sa grandeur à la Chine » et de faire de la Chine « un leader dans le monde » est partagé par les dirigeants, les entrepreneurs et la population. La stratégie « Belt and Road » (ou « Nouvelle route de la soie ») s’inscrit dans cette grande vision à long terme, tout comme l’objectif de devenir le leader mondial de l’IA en 2030. Même si la donne politique est bien sûr très différente dans nos démocraties, les gouvernements et les entreprises occidentales manque souvent d’une vraie vision pour soutenir, justifier et encourager l’internationalisation. Et, finalement, lui donner un sens.

Retrouvez l’Interview “Quelles stratégies pour l’internationalisation des entreprises chinoises” de Christiane Prange.

La Fabrique de l’Exportation