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Innover et exporter : un défi conjoint pour les PME

MANON ENJOLRAS REVIENT SUR LES LIENS QUI UNISSENT EXPORTATION ET INNOVATION

Interview  |  Publié le 10 juin 2019

Quels sont les liens, les bonnes pratiques communes et les synergies entre les activités d’innovation et d’exportation au sein des PME ? Les réponses de Manon Enjolras, enseignant-chercheur au laboratoire ERPI de l’Université de Lorraine.

Quel est l’objectif du projet de recherche Innov4SME auquel vous participez ?

Ce projet de recherche, soutenu par le Programme d’investissements d’avenir, associe les laboratoires ERPI (processus innovatif) et CEREFIGE (sciences de gestion), ainsi que la société privée Innovation Way (spin-off du laboratoire ERPI). Il vise à concevoir un outil de diagnostic à destination des PME qui soit en mesure d’évaluer les capacités, les compétences et les pratiques qu’une entreprise doit développer en priorité pour améliorer simultanément ses performances en matière d’innovation et d’exportation. L’idée est d’identifier les synergies qui existent entre ces deux activités afin de les mettre au service des PME et d’améliorer leur accompagnement.

 

Ce lien entre innovation et exportation est-il aujourd’hui avéré ?

Oui, aujourd’hui, on peut affirmer qu’il existe bien un lien entre innovation et exportation. Selon une étude de BPI France, une PME innovante sur deux est ainsi présente à l’international. Et selon l’INSEE, 35 % des entreprises exportatrices ont fait de l’innovation produit, contre seulement 13 % des entreprises non exportatrices. On retrouve donc ce lien dans les chiffres : les sociétés innovantes exportent plus que les autres et les sociétés exportatrices innovent plus que les autres.

Les chercheurs ont également démontré ce lien et s’y intéressent de plus en plus, le nombre de publications scientifiques sur le sujet ne cesse d’augmenter. Du côté des structures d’accompagnement, il existe une tendance à coupler les dispositifs de soutien à l’innovation et à l’exportation, mais cela se limite pour l’instant à des initiatives isolées. Selon le benchmarking mondial que nous avons réalisé, seulement 11 % des dispositifs de soutien aux PME abordent l’innovation et l’exportation de façon conjointe.

Comment les chercheurs expliquent-ils ce lien ?

Sur ce sujet, deux théories coexistent, alimentées par des enquêtes de terrain et des analyses stratégiques. La première est celle de l’auto-sélection, qui considère que l’innovation confère à l’entreprise un avantage compétitif qui lui permet d’améliorer ses performances sur les marchés étrangers. La deuxième est celle du « learning by exporting », qui considère que les connaissances et les expériences acquises sur les marchés internationaux rehaussent la capacité d’innovation des entreprises. Dans le premier cas, on considère que l’innovation favorise l’export, et dans le deuxième, que l’export favorise l’innovation.

Pour nos travaux de recherche, nous avons décidé de ne pas choisir entre ces deux théories et d’en adopter une troisième, celle du cercle vertueux, qui considère que l’innovation et l’export s’impactent mutuellement de façon positive, selon une relation bidirectionnelle.

 

Comment cette relation peut-elle être traduite sur le plan opérationnel ?

C’est l’objectif de notre projet de recherche. Nous proposons une vision en termes d’espaces : d’un côté, il y a l’innovation, et de l’autre, l’export, mais à l’intersection des deux, il existe un espace commun, composé de ressources, d’activités, de pratiques, de coûts… Nous considérons qu’encourager les PME à agir sur cet espace commun permet d’actionner un seul et même levier pour améliorer les performances dans les deux activités. Notre idée, c’est que dans le contexte des PME, où la mobilisation de ressources est parfois difficile, la possibilité de « faire d’une pierre deux coups » peut être intéressante. Nous encourageons donc les entreprises à agir simultanément sur l’innovation et l’exportation en utilisant cet espace commun. Plus précisément, les PME peuvent agir sur ce que nous appelons des « pratiques conjointes », c’est-à-dire des bonnes pratiques valables à la fois pour l’innovation et pour l’export.

 

Quels sont les domaines concernés par ces bonnes pratiques conjointes ?

L’étude des PME performantes à la fois sur le plan de l’innovation et de l’export permet d’identifier des pratiques communes dans de nombreux domaines de l’entreprise : stratégie, culture d’entreprise, gestion de la relation client, veille, gestion des connaissances, propriété intellectuelle, réseau, gestion RH, gestion de projet.

Au sein de cet espace commun, qui forme un pont ou une passerelle entre les capacités d’innovation et d’exportation, nous avons identifié cinq points clés : la stratégie et la capacité de différencier le couple produit- marché en fonction des clients et des pays ; le réseau, c’est-à-dire la création ou la recréation d’un écosystème pour identifier des opportunités ; l’organisation, avec une structuration progressive des processus pour gérer le changement ; la gestion des compétences, avec le couplage des compétences techniques et commerciales pour favoriser la circulation de l’information et enfin, la culture d’entreprise, qui est le terreau fertile de toutes ces synergies et qui permet de créer les conditions favorables d’ouverture et d’engagement.

 

Retrouvez les conseils de Manon Enjolras pour mettre en place une stratégie commune dans “Innovation et export :développer des bonnes pratiques conjointes“.

 

La Fabrique de l’Exportation